0 Lorsque ces symptômes apparaissent, la sécurité est fortement menacée

Lorsque plusieurs symptômes de ce tableau apparaissent, la sécurité est fortement menacée :

1 – Les pressions productives (exercées par les clients et internes) poussent le système plus près de ses limites de fonctionnement. Des contradictions apparaissent entre les règles de sécurité et les exigences de production, mais elles sont souvent arbitrées dans le sens de la productivité.

2 – Le fait, pour un salarié, d’alerter sur cette situation est interprété comme une marque de sa mauvaise volonté à améliorer la productivité. Le doute est traité comme le signe d’un manque de professionnalisme, tandis qu’est valorisé le fait de « ne pas avoir de problème ». Les salariés (et sous-traitants) qui constatent localement une « petite » anomalie ne la signalent pas et bricolent une solution. Les « déviances » sont banalisées.

3 – Les alertes qui parviennent malgré tout à s’exprimer sont négligées, car attribuées à des lanceurs d’alertes « des gens qui ne sont jamais contents« .

4 – Les services et les équipes sont mis en concurrence en interne et avec la sous-traitance. La rétention d’information devient un moyen d’être plus performant que l’équipe « adverse ». Les rapports d’intervention de maintenance mentionnent presque toujours « R.A.S. ».

5 – Le discours formel sur la sécurité demeure inchangé ou se renforce, mais les formes d’échanges qui pouvaient exister au plus près du terrain (retour collectif d’expérience sur les incidents, élaboration des procédures par les équipes. . .) sont suspendues car sans valeur ajoutée immédiate.

6 – Les campagnes de communication managériales sont déconnectées de la réalité du terrain, et l’interprétation quand les messages managériaux sont déconnectés de leur sens est incertaine, même pour les cadres de proximité qui doivent les diffuser et rendre compte de leur mise en œuvre. L’encadrement doute de la pertinence des orientations qui lui sont fixées.

7 – Dans certains cas, les représentants du personnel eux-mêmes, convaincus qu’il y a un enjeu de survie du site ou de l’entreprise, et mobilisés par le mal-être des salariés lié aux réorganisations, ne perçoivent pas la dégradation de la sécurité par rapport à la situation antérieure qu’ils jugeaient bonne, et ne considèrent pas prioritaire de se préoccuper de sécurité dans ces circonstances.

8 – Les collectifs de travail sont déstabilisés du fait de la désorientation de leur hiérarchie, des changements organisationnels constants, et de la multiplication des injonctions contradictoires.

Texte extrait du document :

Facteurs humains et organisationnels de la sécurité industrielle. Un état de l’art. (François Daniélou, Marcel Simard et Ivan Boissières).

A retrouver dans son intégralité sur le site de l’ICSI, institut pour une culture de sécurité industrielle : http://www.icsi-eu.org/fr/

Sur le même thème, Cadres libres vous recommande ce témoignage sur notre site : « Accident de la Gare de Lyon en 1988, je me souviens« , qui illustre cette liste de l’ICSI : des nombreuses alertes et non des moindres émises avant l’accident, plusieurs ont été étouffées.

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