« Tout ce qui peut être compté ne compte pas forcément et tout ce qui compte ne peut pas forcément être compté », Einstein

0 Dirigeants engagés a minima?

Aujourd’hui on exige des Cadres Dirigeants de démissionner du statut de cheminot. Demain le demandera-t-on aux Cadres Supérieurs ?

Tout semble indiquer que le modèle du marché du travail interne de la SNCF est l’objet de remise en causes profondes, la sélection des cadres revêtant toujours une dimension en lien avec les projets d’une entreprise. Ou comment le basculement d’un modèle d’entreprise publique intégrée à celui d’un groupe filialisé à capitaux publics exclusivement orienté vers le marché se heurte au fonctionnement du marché du travail à statut.

L’abandon d’une culture professionnelle

La direction souhaite accélérer le changement organisationnel par l’abandon d’une culture professionnelle spécifique, associée à la légitimation du terrain et la technicité des métiers, porteuse d’une culture commune qui transcendait en partie les antagonismes hiérarchiques pourtant très prononcés. Cette organisation en marché interne a laissé des traces très nettes dans l’organigramme de l’entreprise jusqu’aux plus hauts niveaux : plus d’un tiers des CS est issu de la promotion interne.

On joue sur les mécanismes de recrutement et de promotion au sein de l’encadrement, en isolant et en écartant de la promotion verticale les cadres (souvent les plus anciens) les plus rétifs à l’endroit des évolutions actuelles, attachés aux compétences techniques, à la connaissance du terrain, voire au service public, au profit de nouvelles recrues – profils supposés les plus adaptés aux nouvelles orientations choisies – mettant en avant leurs compétences de management ou leur adhésion présumée à la modernisation de la SNCF.

Travail concret ou tableaux de bord ?

Aujourd’hui, la figure du cadre expert à même, de par ses connaissances et son expérience, de diriger le travail d’une équipe où il a lui-même occupé différentes fonctions, se substitue progressivement celle du manager, dont l’expertise s’est déplacée du travail en lui-même vers son organisation, ces informations normalisées que fournissent les tableaux de bord, interprétées dans leur jargon anglicisant et conceptuel. Combien savent aujourd’hui ce que font vraiment les personnes qu’ils dirigent pour avoir partagé, au moins un temps, leur travail ?

Aujourd’hui on exige des Cadres Dirigeants de démissionner du statut de cheminot. Demain le demandera-t-on aux Cadres Supérieurs ? Décidera-t-on de faire totalement dépendre l’accès à ces grades de cabinets privés ?

Extériorité culturelle

Prime à l’extériorité culturelle, aux dirigeants préférant l’échange économique à l’échange social, s’estimant toujours sur le marché, s’adaptant a minima aux spécificités techniques de l’entreprise, soucieux de la stricte rationalité économique, sourds à l’existence même du corps social de l’entreprise, spécialistes de l’organisation, une organisation rationalisée, tendue soi-disant vers la performance mais vide de travailleurs concrets.

Ce qui ne peut pas être mesuré ne peut pas être managé, peut-être. Mais : « Tout ce qui peut être compté ne compte pas forcément et tout ce qui compte ne peut pas forcément être compté », disait Einstein.

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